Dora Maar
Artiste-peintre, photographe surréaliste. Cette biographie, rédigée sous la direction de Victoria Combalía et illustrée d'œuvres de l'artiste et d'archives provenant de la Succession Dora Maar, retrace la vie et le parcours artistique de Dora Maar.
1907
Le 22 novembre, naissance de Henriette Théodora Markovitch à la clinique d’accouchement Tarnier au 89, rue d’Assas dans le 6e arrondissement de Paris. Sa mère, Louise Julie Voisin (1877-1942) tient une boutique de mode et son père, Joseph Markovitch (1874-1969), d’origine croate est architecte.

Acte de naissance de Dora Maar.
Courtesy Archives Dora Maar
1910
Déménagement à Buenos Aires (Argentine). Son père, architecte y reçoit de nombreuses commandes.

Dora Maar et son père en Argentine, en 1916.
Courtesy Archives Dora Maar
1915 - 1920
La jeune Dora partage sa vie entre la France et l’Argentine. Elle est scolarisée à l’école Casto Munito à Buenos Aires et au lycée Molière à Paris.

Photo de classe, collège Molière à Paris. Dora Maar est au centre.
Courtesy Archives Dora Maar
1920
Retour en France avec sa mère. Avec les cousines de Dora, elles passent les vacances à Royan, sur la côte atlantique.

Dora Maar (à gauche) en vacances, Royan, 1920.
Courtesy Archives Dora Maar
1923
Dora termine ses études au lycée Molière (Paris) et obtient son Certificat d’études secondaires. Elle décide de s’engager dans un cycle d’études artistiques.

Certificat d'études secondaires de Dora Maar, 1923.
Courtesy Archives Dora Maar
1923 - 1926
Rejoint l’Union centrale des arts décoratifs de Paris et sa section réservée aux femmes, le Comité des dames, situé au 6 rue Beethoven (Paris 16e). Elle se lie à Jacqueline Lamba, ainsi qu’à Marianne et Marie-Rose Clouzot, filles du du conservateur Palais Galliera, Henri Clouzot.


Dora Maar, élève à l'Union centrale des arts décoratids de Paris, en 1926 (photographe inconnu)
Courtesy Archives Dora Maar
1927
Perfectionne sa technique de peintre à l’académie Julian et à celle du peintre cubiste André Lhote. Elle s'inscrit à l'École technique de photographie et de cinématographie de la Ville de Paris. Emmanuel Sougez l'encourage dans la photographie.

La revue Le Photographe annonce les débuts de l'École technique de photographie et cinématographie 5 octobre 1926.
Courtesy ENS Louis Lumière.
1928
Rend visite à son père à Buenos Aires. Elle fait la connaissance du décorateur de cinéma Pierre Kéfer, qui sera son futur associé.

Pierre Kéfer, Autoportrait, non daté
Courtesy Archives Dora Maar
1929
Débute une liaison amoureuse avec Louis Chavance, à laquelle elle mettra fin en 1935.

Louis Chavance, dans les années 1930.
1930
Publie des photographies de voyage dans La Revue Nouvelle. Rencontre Brassaï et Man Ray.

Dora Maar, photo d'identité, vers 1930.
Courtesy Archives Dora Maar
1931
S’associe avec Pierre Kéfer et prend le nom de Dora (diminutif de Théodora) Maar pour se distinguer. Publie son premier photomontage dans Bravo : Le mensuel de Paris (encore sous le nom de Dora Markovitch).

Photomontage de Dora Maar in Bravo : Le mensuel de Paris, no. 30, juin 1931, p. 26
Courtesy Bibliothèque Nationale de France
1932
Officialisation de l’ouverture du studio photographique « Kefer Dora Maar » sis au 45 bis boulevard Richard Wallace, à Neuilly-sur-Seine. De nombreux projets sont déjà réalisés par le studio : photographies de mode, portraits, publicités.

Archives Commerciales de France, 16 - 18 mai 1932
Courtesy Bibliothèque Nationale de France
1933
Se lie avec le groupe Octobre (emmené par le poète Jacques Prévert), une troupe de théâtre d’agit-prop engagé à gauche. Rencontre le poète Paul Éluard. Voyage en Espagne où elle réalise une importante série de photographies de rue, en particulier à Barcelone et à Tossa de Mar.

Dora Maar, Musiciens aveugles, Barcelone, vers 1933
Courtesy Succession Dora Maar
1934
Dora Maar réalise de nombreux projets publicitaires, grâce auxquels elle parfait sa technique de photo-montages. Elle se rapproche du groupe surréaliste en signant l’Appel à la lutte, un manifeste politique invitant les artistes et écrivains à s’engager contre le fascisme. Entretien une liaison avec Georges Hugnet.
Voyage à Londres et expose ses photographies à la galerie Van der Berghe.
Participe à l'exposition La publicité par la photographie à la Galerie de la Pléiade, à coté de Laure Albin Guillot, Ilse Bing, Man Ray et Sougez entre autres.
Ouvre son studio au 29 rue d'Astorg, à Paris.

Arts et métiers graphique, numéro 42 "Publicité 32", 15 août 1934, p.10-11.
À droite, un projet de publicité du studio Kéfer-Dora Maar pour pétrole Hahn.
été 1934
En août, mariage de son amie Jacqueline Lamba avec André Breton, figure centrale du groupe surréaliste. Une semaine plus tard, Maria Benz dit Nusch et Paul Éluard s’unissent également. Participe à plusieurs expositions de photographies, au Salon international de la photographie à Paris, et publie dans la Revue française de photographie et de cinématographie.

Dora Maar, Jacqueline Lamba à la flèche, c. 1934
1935
Participe à plusieurs expositions de photographie à Paris. Elle expose Le Simulateur à l’Exposición Surrealista à l’Ateneo de Santa Cruz de Tenerife organisée par André Breton et Benjamin Péret, du 11 au 21 mai. Elle passe ses vacances d’été avec le couple Breton – Lamba.
Elle rejoint le groupe antifasciste Contre-Attaque, emmené par Georges Bataille, dont elle a fait la connaissance au début des années 1930. Elle expose Intérieur à l’Exposition surréaliste à la salle d’exposition de la commune de La Louvière en Belgique, du 13 au 27 octobre. Elle réalise les photographies de plateau du film de Jean Renoir, Le Crime de M. Lange.


Tract du 7 octobre 1935 du groupe Contre-Attaque, signé par Dora Maar
1935 - 1936
Elle réalise une série de photomontages surréalistes dont 29, rue d'Astorg, Onirique, Silence et Le simulateur.

Dora Maar, Portrait d'Ubu, 1936, coll. Metropolitan Museum of Art.
1936
Le 7 janvier, Picasso lui est présenté par Paul Éluard à la présentation à la presse du film Le Crime de Monsieur Lange.
Expose Portrait d'Ubu, Le simulateur et Dawn (Aube) aux New Burlington Galleries à l'occasion de l'International Surrealist Exhibition à Londres.
Elle apparaît pour la première fois dans l'œuvre de Picasso.


Catalogue de l'exposition de l'International Surrealist Exhibition, Londres, 1936.
été 1936
Séjourne à l’Hôtel Vaste Horizon, à Mougins sur la Côte d’Azur avec des amis Paul et Nusch Éluard, Man Ray, Valentine et Roland Penrose, ainsi que Pablo Picasso, avec qui démarre une idylle.

Dora Maar, Pablo Picasso dans son fauteuil en rotin, Mougins, été 1936.
fin 1936
Participe à la première exposition institutionelle dédié au surréalisme : Fantastic Art, Dada, Surrealism au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, organisée par Alfred Barr, du 9 décembre 1936 au 17 janvier 1937. Elle y expose Le Simulateur et Aube.

Vue de l'entrée de l'exposition Fantastic Art, Dada, Surrealism, au MoMA, New York, 1936
début 1937
Dora Maar aide Picasso à trouver un nouvel atelier. Ce dernier reçoit une commande pour une toile murale pour le pavillon espagnol de l’Exposition internationale des arts et des techniques de Paris de 1937. Par son entremise, il déménage dans dans l'atelier du 7 rue des Grands-Augustins, appelé Grenier Barrault car l'acteur y répétait et qu'il avait occasionnellement prêté au Groupe Contre-Attaque
Dora aide techniquement Picasso pour la realisation de ses rayogrammes. Inauguration de la galerie Gradiva, gérée par André Breton. Chaque lettre correspond à une membre féminine du surréalisme, le D en particulier à Dora.
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Dora Maar, Action à la galerie Gradiva, Paris, 1937
1937
Picasso commence à peindre Guernica en mai. Dora Maar photographie les avancées de la toile. Elle est le sujet de nombreux tableaux et elle-même reprend la pratique de la peinture. Elle peint des portraits de Picasso et sa propre version des portraits d’elle peints par Picasso.
Participe à l’Exposition surréaliste du Salon Nippon à Tokyo.
Nouvel été à Mougins aux côtés des Eluard, Man Ray, Lee Miller, Jacqueline Lamba et Picasso.

Dora Maar, Picasso debout travaillant à Guernica dans son atelier, Paris, 1937.
1938
Rencontre Wifredo Lam, qui se lie également avec Picasso.
Nouveau séjour à Mougins avec Picasso et le couple Éluard.

Wifredo Lam, Femme dans un intérieur, 1938.
Ancienne collection Dora Maar
1939
Exposition personnelle de ses photographies à la Galerie de Beaune (Paris). Séjour à Antibes avec Picasso et Jacqueline Lamba.
Départ pour Royan avec Picasso dès le début de la guerre. Dora Maar et Picasso logent à l’hôtel du Tigre, Marie-Thérèse Walter et Maya Picasso résident à la villa Gerbier, non loin. Jacqueline Lamba et Aube séjournent quelques jours à Royan. Intense période de création de dessins et tableaux.

Dora Maar, Quatre visages, sur papier à en-tête Le Régent, Royan, 1939 - 1940.
1940
Allers-retours entre Paris occupé et Royan. Jacqueline Lamba et Aube Breton rendent visite à Dora Maar.
Retour définitif à Paris en août, où Dora Maar et Picasso passeront toute la guerre. Ils fréquentent Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et les intellectuels restés à Paris. Départ de son père pour l’Amérique du Sud.

Dora Maar, Aube Breton (fille d'André Breton) avec sa mère Jacqueline Lamba, Royan, 1940.
1941
Intense période de création de tableaux et dessins. Les portraits disparaissent, au profit de paysages parisiens et de nature morte, symboles d’enfermement et de privations.

Dora Maar, Nature morte à la lampe, 1941, coll. Centre Pompidou.
1942
Déménage son atelier de la rue d’Astorg pour un appartement-atelier au 6, rue de Savoie dans le 6e arrondissement, à quelques mètres de l’atelier de Picasso.
Sa mère décède le 17 octobre.

Dora Maar, L'appartement de la rue de Savoie avec Kazbek, le chien de Pablo Picasso, Paris, vers 1942.
1943
Elle réalise de nombreuses natures mortes cubistes. Sa relation avec Picasso se détériore. Celui-ci rencontre Françoise Gilot, lors d’un dîner au Catalan.

Dora Maar, La Cage, 18 juillet 1943
1944
Elle participe à la lecture du Désir attrapé par la queue de Pablo Picasso où elle joue le rôle de l'Angoisse maigre. Elle expose, pour la première fois, ses tableaux à la Galerie Jeanne Bucher (Paris). Puis elle expose deux natures mortes au Salon d’automne, et des paysages à la Galerie René Drouin. Rencontre James Lord.

Papillon de l'exposition Dora Maar, Vera Pagava, à la galerie Jeanne Bucher, Paris, 1944.
1945
Expose au Salon d’automne, à la Galerie René Drouin puis à la Galerie Ariel. Elle fait une dépression nerveuse, et est internée. Elle subit des électochocs et est traitée par le Dr Jacques Lacan.
Elle fait l’acquisition, avec l’aide de Picasso, d’une maison à Ménerbes, dans le Luberon.


Catalogue du Salon d'Automne 1945,.
Courtesy Bibliothèque Nationale de France
1946
Décès brutal de Nusch Éluard. Exposition personnelle à la Galerie Pierre (Paris). Elle rompt définitivement avec Picasso, qui a commencé une relation avec la jeune pieintre Françoise Gilot.

Papillon de l'exposition Dora Maar, à la galerie Pierre, Paris, 1946.
1947
Participe à l’exposition collective Still-Life by Seven French Contemporaries, à la Galerie Georges de Braux à Philadelphie.
Parution du recueil de poèmes de Paul Éluard Le Temps déborde avec des portraits réalisés par Dora Maar et Man Ray

Catalogue de l'exposition Still Life by Seven French Contemporaries, à la galerie Georges de Braux inc., Philadelphie, 1947.
années 1950
Les paysages environnant Ménerbes, où elle passe une partie de l'année, sont le sujet d'un nouveau cycle pictural.

Dora Maar, Paysage du Sud de la France, non daté.
Courtesy Archives Dora Maar
1951
Réalise les décors pour la pièce de théâtre en trois actes Monsieur Bob’le de Georges Schéhadé au théâtre de La Huchette.

Livret de la pièce de Georges Schehadé Monsieur Bob'le, publié dans le supplément théâtral de l'hebdomadaire Opéra. (détail)
1952
Fréquente Marie-Laure de Noailles et Lise Deharme. Elle rencontre Dom Jean de Monléon, prieur à l’abbaye de Sainte-Marie-de-Paris. Il devient son metor spirituel, alors que Dora Maar s’est tourné vers la religion catholique depuis sa dépression nerveuse.

Dora Maar, Dom Jean de Monléon, vers 1952.
Courtesy Archives Dora Maar.
1953
Expose, au Salon de Mai, le Portrait d’Alice B. Toklas, peint en 1952. Alice Babette Toklas est une romancière américaine et la compagne de Gertrude Stein.

Michel Sima, Dora Maar et son tableau Portrait d'Alice B. Toklas, Paris, vers 1952.
1954
Rencontre avec Picasso chez le critique Douglas Cooper, qu’elle retranscrit dans un carnet. Elle fréquente le peintre Nicolas de Staël, qui possède également une propriété à Ménerbes.

Dora Maar, carnet de notes. Retranscription d'une conversation avec Picasso, le 27 octobre 1954.
1957
Deux expositions de paysages chez Heinz Berggruen (Paris), ses premières expositions personnelles depuis 10 ans.

Catalogue de l'exposition Dora Maar. Paysages, à la galerie Berggruen, Paris, 1957.
1958
Fréquente Balthus, Leonor Fini et Gaston Gallimard. Exposition personnelle à la Leicester Galleries (Londres), où sont présentées 33 peintures de paysages.

Séance photo de Dora Maar pour le catalogue de l'exposition Dora Maar, aux Leicester Galleries de Londres, 1958. Photographies de Douglas Glass
Courtesy Archives Dora Maar
1966 - 1971
Elle réalise de nombreuses études de vitraux d’église, qui inspirent un nouveau cycle de peintures géométriques.

Dora Maar, Composition géométrique, vers 1967.
Années 1970
Toujours sociétaire de la Société du Salon d’Automne, elle continue à peindre et dessiner. Elle expérimente les empreintes et décalcomanies sur papier.

Carte de sociétaire du Salon d'Automne de Dora Maar, années 1970.
Courtesy Archives Dora Maar
Années 1980
Nouveaux essais photographiques : grattages d’anciens négatifs, photogrammes.

Dora Maar, Expérimentation sur négatif, (Femme les mains dans les cheveux), vers 1935/1980.
1990
Exposition de peintures anciennes à la Galerie 1900-2000, dirigée par Marcel Fleiss.

Catalogue de l'exposition Dora Maar, à la galerie 1900-2000, Paris, 1990.
1995
Rétrospective Dora Maar, Fotógrafa, à Bancaixa à Valence (Espagne), organisée par Victoria Combalía. Il s’agit de sa première rétrospective institutionnelle.

Catalogue de l'exposition Dora Maar, Fotógrafa à Bancaixa à Valence (Espagne), 1995.
1997
Le 16 juillet, Dora Maar s'éteint à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Elle est inhumée au cimetière de Clamart.
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Plaque commémorative sur l'ancienne maison de Dora Maar, à Ménerbes.